14 heures 37 minutes

Publié le par Antoine

Suite à l'article précédent, voici le récit d'une journée qui sent bon l'aventure, le dépaysement, le vent dans les cheveux...

J'arrive a Banglore en bus, Samedi 31 mars a 6h00 du matin, a la gare routière. Gonfle à bloc, je me prépare à récupérer mon rickshaw pour repartir sur Chennai avant midi. Tout va bien, je voyage léger, ce qui me permet plus de mobilité en cas de pépin, et surtout... j'y crois! A moi les petites routes zensoleillees!

J'arrive chez pasta andre (grand guru de la pasta party du mardi soir) pour récupérer mon turbo jet garé dans le garage de son voisin. André m'accueille: "bienvenue pour ton WE prolonge a Banglore!"...? comment ça? ya pas moyen! je repars tout de suite moi!

Et non!Pendant mon trajet Chennai Banglore en bus, une grève générale dans le Tamil Nadu (état dont chennai est la capitale) s'est déclarée. Remise en cause des postes réserves aux différentes castes... le tout soutenu par le gouvernement... tout un programme. Les conséquences sont sans appel: le Tamil Nadu ferme ses frontières avec les autres états, plus de trains, bus ou camion. Autant dire qu'il ne fait pas bon de se balader avec une plaque du Karnataka (état dont Bangalore est la capitale). Bref, déception, remise en question du RRT (rickshaw road trip) et gros coup dans le moral.
Je cours chercher du réconfort auprès de mon triple patte... mauvaise pioche. Deux semaines enfermé dans un garage et il me fait comprendre son mécontentement par de l'incontinence démesurée: une énorme tache d'huile recouvre le sol. C'est qui déjà le dieu du rickshaw?

Une pause café plus tard, je le dépose chez mon pote le mecano qui me montre la fuite, et la repart. Il est 14h00... je décide de remettre le départ au lendemain matin, très tôt en souhaitant trois choses:
pas de reconduite de grève en Tamil Nadu
pouvoir être présent au bureau le lendemain, lundi matin
un périple de 14 heures maximum pour arriver avant la nuit.

Beaucoup de choses quand même qui feront rire les plus jaloux... c'était sans compter sur un duo de choc rickshaw-driver...

Coucher tôt, lever tôt: départ de nuit a 5h du matin de chez Johan's guest house ;-) pour 300 Km de folie!
La sortie de Bangalore se fait presque sans encombre. J'en profite pour redécouvrir le fameux GPS indien: Système de Positionnement Global, mais alors TRES global... J'aurais quand même une remarque de l'un d'eux: "No boss! Tuc-tuc Chennai no possible, boss!"... pourquoi? à cause de quoi? Je n'en saurai pas plus...

Ca y est, je roule enfin plein Est, direction la plage, avec un beau levé de soleil en plein dans les yeux. Je passe le panneau Chennai 300km au bout d'une heure et demie, ça mérite une pause café pour moi et le plein d'huile pour lui. Et c'est reparti. Vitesse de croisière 40 Km/h. Sur la route, je croise des vélos, des tracteurs, des chars à vache sacrée. Quelques énormes camions foncent sur la route défoncée. Heureusement ils klaxonnent poliment pour prévenir de leur arrivée. J'y laisserai mon oreille droite.

La route de Chennai traverse trois états: Karnataka, Andra Pradesh, Tamil Nadu. A chaque frontière son petit lot de surprise. Généralement les autorités procèdent à deux check post: le premier pour les véhicules taxi (plaque d'immatriculation jaune) et le second pour les transports de bien (goods carrier!!). Donc, en théorie, aucun problème pour moi puisque j'ai changé mon autocollant d'immatriculation en blanc (pour un usage personnel). Quant aux marchandises, je vois pas ou je pourrais les cacher! Ça n'a pas loupe, je me suis fait arrêter a tous les check post, bien évidemment.

En général les officiers étaient plutôt amusés et ne m'ont pas trop embêté. Cela n'empêche pas de contrôler mes papiers à la loupe (au sens propre) et de me faire soulever mon rick pour vérifier le numéro de série du châssis!L'un d'eux me regardera avec une petite mine navre: "So, I can't give you extra tax?" ... sans façon, j'ai décidé d'arrêter.

Une frayeur quand même au dernier check post. De loin, j'aperçois un homme sur la route qui agite un bâton a chaque passage de camion de marchandise. Plus je me rapproche, plus j'hallucine! Ce paysan se met au milieu de la route et fait face aux 40 tonnes qui lui foncent dessus. Plus le camion s'approche, plus il lève son gourdin.Le camion accélère, alors il commence à crier et à s'agiter en faisant les gros yeux. Le chauffeur du poids lourd ralenti brusquement et fait hurler son klaxon. Ensuite, c'est une passe d'arme entre ces deux inconscients qui ressemble vaguement à de la torromachin, puis un beau plongeon de l'homme sur le bas cote met un terme à cette lutte inégale. J'arrive avec mon petit rickshaw...

Je vois ses yeux qui s'écarquillent, presque avec un sentiment de vengeance en perspective. Depuis le début, je la joue à l'Indienne: pied nu dans mon rickshaw en marcel! Mais là, franchement, je touche mes limites. Je m'arrête donc.Le gars édenté me hurle dans les oreilles en bavant TAX! TAX! Il commence à taper mon fidèle destrier avec son gourdin. Ça m'énerve, donc je le lui dis. Il ne comprend rien et me traîne par le bras au check post. Là, comme d'habitude, rien à me reprocher, tous mes papiers sont en règle. A la sortie du bureau, des passants curieux m'explique que le gars sur la route fait office de garde barrière. Son boulot est de faire respecter la taxe. S'il arrête un camion (on sait jamais!) il propose un petit arrangement à l'amiable, pour sa pomme. Sinon, c'est direct au poste! Il est sponsorise par l'officier supérieur qui peut donc roupiller pépère sous son ventilo.

De bonnes surprises aussi!
Sur la route de Chennai, il y a beaucoup de villages et leurs habitants sollicitent tout ce qui roule pour faire quelques kilomètres. J'en prendrai quelques-uns au passage, gratos!

Les deux femmes allaient prendre un thé chez une amie. Le vieillard à gauche a insiste pour me payer: 2 Rs d'avance et une prière au temple où je l'ai dépose. Un noble vieillard qui sait se faire respecter des gamins qui ont pris d'assaut mon rickshaw, mais qui les rappelle aussi tôt pour faire la traduction tamoul-anglais.

Une petite pause au resto route pour des parotas premier choix et un pti cafe au lait bien sucre.































Cela fait déjà 10 heures que je roule et une rupture de câble d'accélération vient mettre un peu de piment. Je m'arrête sur le bas cote... devant un mécano... même pas drôle!
20 Rs pour la main-d’oeuvre (j'avais des câbles en stock mais pas les outils!) et une révision soigneuse des fonctions vitales: kicker, frein, vitesses... klaxon.

























Le garage et le salon de coiffure

Vous serez reçu par une équipe souriante et dispo. Service garanti juskesarpete.









Enfin, vers les 10 heures 30 de voyage, j'arrive sur l'autoroute. Et ça, ça veut dire qu'il ne reste plus que 100km! Il me reste deux heures avant que le soleil ne se couche. Jouable mais tendu... comme depuis le début du voyage de toutes les manières!!
Une gare de péage assez moderne est plantée devant moi. Il y a la file camion, la file voiture, moto, mais rien pour les trois roues! Au hasard, je m'engage dans la file moto. Là, l'agent me fait signe d'avancer sans m'arrêter. J'ai pas tout compris mais j'ai rien payé, et ça, j'ai bien aimé!

En rickshaw sur l'autoroute... promis, ça vaut le détour!


40kmh
envoyé par antoinecarrier

Encore un petit frisson avec un gros coup de vent qui me fera presque piler sec, mais arrivée sans encombre a Chennai, au couché du soleil... nickel!
Par contre je ne recommande pas les routes de Chennai un dimanche soir, aussi gluant que Baglore.
A 10 min de la ligne d'arrivée au Loyola College, le rick commence à faire de drôles de bruit, puis s'arrête net. Dans une petite rue, à deux pas de mon objectif! Je tente tout mais rien à faire, il ne redémarre pas. Je suis crevé et je m'apprête à salue le dévouement d'un si fidèle ami qui a su reporter son agonie au dernier instant pour servir son cavalier. Au bout de la rue, dans le noir, une silhouette pointe le museau. C'est un rickshaw. Arrivée a ma hauteur, il s'arrête, et e sort un petit gars avec une boîte à outil. C'est qui le dieu du rickshaw déjà?
C'est en fait une barre de support moteur qui a lâché. Ce n'est ni dangereux ni grave, juste que le moteur joue au bilboquet quand je change les vitesses. Deux coups de boulons plus tard, je peux repartir.Le petit bonhomme refuse d'un sourire les roupees que je lui tends. Plus de doute... c'était lui le dieu du rickshaw!

Arrivée a 19h37 chez moi, rincé, poisseux, heureux.

Au final ce sera une très belle expérience et un bon dépaysement le temps d'une journée.
Maintenant, je connais les possibilités de mon turbo jet, pourquoi s'en priver? Que nenni, dans deux semaines, je vais a Pudhuchery avec mon rickshaw rebaptisé Fly me !!!

Publié dans antoinecarrier

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odile 12/04/2007 16:13

c de la débrouille !! et de l'expérience indienne+++  bravodile

Clément l'ex Indien... 11/04/2007 10:51

Fou! dingue! démentiel! incroyable! J'ai envie de te dire!!!
Je t'imagine telement en Indien dans ton TucTuc!!! Rolala tu dois vraiment te marrer... Il faudrai que tu écrives un bouquin a ton retour avec toutes les percipéties que tu as connus en Inde.
Lorsque tu iras a Pondichery en Rickshaw bien sur, Passe dire bonjour à mes Amis Hippie de Auroville (a 5 km)... Tu va voir c'est une Bande de dégentés qui ont construit une Boule en Or géante qui devrait s'envolé dans les cieux... Attentions a ne pas y rester trop longtemps, tu deviendras fou!!!
Allé A+ L'ami...Clem le Nouach!!